Il n’y a aucun intérêt à favoriser la parité en politique si d’un côté comme de l’autre on ne prend pas toute la mesure de ce qu’implique l’intégration du féminin dans nos cités. Vouloir édicter une loi sans mener une réflexion de fond n’amènera rien.
Notre société occidentale s’est hyper masculinisée dans son rapport social : les rapports de force et de compétitivité dominent. Dans son livre «La fatigue d’être soi», Alain Ehrenberg** développe l’idée que dans un monde où on nous serine quotidiennement sur le culte de la performance, du projet, de l’épanouissement, la dépression nous rappelle que nous avons des limites, que tout n’est pas possible. 30% des femmes en France consomment des antidépresseurs. Être l’égal de l’homme pour continuer à cultiver ce culte qui peut souvent devenir mortel ne nous intéresse pas.
Et la femme doit également sortir du statut de victime qui la rend totalement dépendante de la place que l‘autre, quel qu’il soit , veut bien lui laisser. Si elle n‘y parvient pas, elle continuera à alimenter les petits papiers dont raffolent une majorité des médias comme le montre l’affaire DSK, passant du rôle de victime au rôle de garce ou de faible femme. La femme a sa place mais il faut qu’elle la prenne avec courage en acceptant de ne pas être aimée ou regardée en retour.
La mythologie est toute pleine des figures qui peuvent nous dire beaucoup sur la place que nous pouvons prendre . Elles semblent d’ailleurs avoir porté une grande dame comme Jeanne Moreau dont parle avec inspiration Juliette Binoche dans le dernier numéro de Télérama***: c’est “ une espèce de Georges Sand d’aujourd’hui. C’est comme une vieille âme qui connaîtrait tous les secrets , toutes les mythologies, avec une sagesse très ancienne . En elle se croisent un peu toutes les femmes : Isis, venus, la Vierge Marie, Marie- Madeleine… ; Jeanne est inspirante.”
Dans notre pays, les tenants des dogmes religieux instaurés «au nom du Père» ont comme pactisé avec la déesse raison encensée par nos frères des loges maçonniques du Grand Orient. Ce faisant ils ont brimé, au fil du temps, toute tentative pour restaurer cet imaginaire propre au féminin et permettre qu’émergent de nouvelles formes inspirées par la créativité et la puissance du féminin. On a fini par achever toutes les qualités féminines de ce pays.
La capacité à porter attention, à avoir de la patience, à nouer des relations durables, à respecter les rythmes de la nature et les cycles de la vie intégrant la mort et la vieillesse ont été éclipsées , pour ne plus être qu’efficace et utile. Dans une société , où on s’assure pour tout, ou on a peur de tout et de tous, on refuse de plus en plus la part de mystère et d’incertitudes qui étaient les caractéristiques du monde féminin dans les sociétés traditionnelles archaïques.
Pour nous l’égalité c’est être reconnue avec la puissance de ce mystère, pouvoir exprimer notre nature sauvage, braver les interdits pour faire respecter les dignités lorsqu’elles sont bafouées, renoncer à l’efficacité pour préserver l’humanité , sans se faire traiter d’hystérique , d’instable ou de romantique . Nous ne voulons pas être nommées à des postes importants seulement pour remplir des « quotas » à respecter ni nous contenter du rôle d’ “épouse” que les médias nous renvoient actuellement avec force comme un modèle si séduisant à travers les figures de Carla Bruni et Anne Sinclair; ces images de femmes très politiquement correctes ne nous séduisent plus.
Nous voulons réveiller cette femme sage dont parle Juliette Binoche , l’accoucheuse des âmes, l’aiguillon des hommes , la magicienne capable de percevoir la face invisible des êtres et des choses derrière les apparences. En réalité, il y a urgence dans ce 21eme siècle à restaurer le Féminin chez la femme mais aussi chez l’homme. Et c’est pourquoi il est si important qu’ils partagent ensemble les plus hautes responsabilités en toute complémentarité.
Femmes, libérez la louve qui sommeille en vous !
*Femmes qui courent avec les loups, Histoire et mythes de la femme sauvageest le titre d’un ouvrage de Clarissa Pinkola Estés, que je recommande à toutes les femmes et les hommes pour mieux comprendre ce dont la femme peut-être porteuse aujourd’hui . ** La fatigue d’être soi, Alain Ehrenberg, coll poche Odile Jacob *** Lire l’excellent article qui croisent le regard de ces 2 actrices dans le numéro 3207 de Télérama ( 2 juillet 2011)