Dans un contexte, où les esprits s’échauffent dans le quartier et où certaines voix s’élèvent pour dire qu’on ne veut pas des drogués en plus des intégristes de St Eloi, j’ai pensé utile de vous faire partager l’article que j’avais écrit dans le magazine Résonances concernant le reportage de France 2 sur l’église St Eloi il y a quelques mois; il vient compléter le 1er article concernant l’installation de l’antenne de Médecins du monde dans la rue .
« Le mal, ce n’est pas tout le mal que nous faisons. C’est tout le bien que nous ne faisons pas »Evangiles apocryphes de Marie de Magdala
Dans le quartier St Eloi-St James, le reportage des infiltrés sur St Eloi*, a bousculé nombre d’entre nous ; à la fois le reportage, et ses conséquences : polémiques politiques, vitrines de commerçants brisées, invectives à l’égard de touristes visitant St Eloi stupéfaits de se voir interpellés comme potentiels « fasco », commerçants éberlués lorsqu’ils entendent les commentaires de bordelais dirent à leurs amis de passage, « tu sais c’est la rue des fasco qu’ils ont montré dans l’émission …. » …. La liste est longue.
Mais finalement, chaque jour dans la presse actuelle sont dénoncées de nombreuses personnes, drogués, terroristes, voyous et autres auteurs de malversations, abus de biens sociaux … et cela engendre le même lot de réactions, de tentatives de récupération ou de jugements sur un groupe de personnes ou un lieu et des conséquences souvent lourdes à porter pour les familles de ceux qui subissent ces attaques.
Notre propos est donc avant tout de nous poser pour s’interroger sur notre attitude face à de telles situations.
Si ce qui a été montré dans l’émission doit légitimement interroger sur l’éducation transmise aux jeunes de St Projet , j’avoue que j’ai été tout autant interpellé par les réactions assez violentes – physiques ou verbales – que l‘émission a suscitées à l‘encontre des intégristes.
C’est vrai, les propos qui incitent à la haine raciale, à l’exclusion sont inadmissibles. Mais si nous souhaitons véritablement avec ardeur que cela change, des personnes comme Gandhi et Martin Luther King ne nous ont-ils pas enseigné par leur exemple que c’est en y opposant une attitude déterminée mais non violente . Pourquoi ces personnes sont encore si présentes dans nos mémoires ? Une des raisons est qu‘ils ont été l‘exemple d‘une capacité incroyable à dompter leurs instincts , à ne pas se laisser déborder eux même par leurs adversaires en ne leur ressemblant pas . C’est la fierté, la dignité, la force du rêve qui ont mis en lumière et soutenu la cause de ces hommes et non une réaction passionnelle face à l’injustice.
Les propos d’Etty Hillesum, une jeune juive hollandaise déportée pendant la guerre et qui nous livre un témoignage poignant dans « une vie bouleversée » ** sont tout aussi éclairants sur le chemin à suivre si nous nous souhaitons humanistes : « je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n’ayons d’abord corrigé en nous » . Elle nous invite à une retour sur nous même si nous voulons véritablement changer le monde et faire face aux différents intégrismes .
L’étude de l’Histoire de laquelle il a été tant question dans l’émission, ne prend sens que si l’ exemple d’hommes et de femmes peuvent nous inspirer pour être acteur d’un nouvel humanisme. C’est probablement une des clefs fondamentales pour stopper une tendance dangereuse pour nos démocraties à susciter des débats passionnels entre nos concitoyens. Sur les chemins de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, peut-être pouvons nous tenter avec humilité de tourner le miroir vers nous même pour voir chaque jour si nous avons semé plus de biens que nous n’avons dénoncé de maux. Nous y gagnerons en humanité et en sens de la justice.
* Reportage les infiltrés « à l’extrême droite du Père» émission de France 2 **Journal d’Etty Hillesum , une vie bouleversée, éd. Points
Merci pour cette lecture constructive qui ouvre des chemins !