Echo à l’article paru dans le journal Sud Ouest le vendredi 29 Avril 2011 faisant part des craintes des commerçants de la rue St James quant à l’installation dans cette rue, d’un centre médico-social de Médecins du Monde destiné à l’accueil des publics drogués et des prostituées en vue de leur fournir des soins médicaux .
Comme je suis également commerçante de la rue St James, j’ai aussi été interpellée sur ce sujet : pour ou contre . D’abord je veux dire que je n’ai jamais aimé ces débats en pour ou contre: cela stigmatise d’un côté comme de l’autre avec cette prétention arrogante pour chacun des camps de détenir, face à l’autre, la vérité .
Même s’il apparaît que Médecins du monde est un gage de sérieux quand à la gestion d’un tel centre médico-social et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter, l’inquiétude est là rue St James : peur que ces Autres fassent fuir notre clientèle et qu’à ces autres s’ajoutent les sans abris pour qui on va créer une bagagerie également dans le quartier . Trop c’est trop !
Et pourtant nous côtoyons de plus en plus de jeunes dans les rues, de toutes conditions sociales et touchés par la dépendance à la drogue et/ou à l’alcool et auxquels s’ajoutent peu à peu des personnes dans une extrême précarité. Il semble que nous payons âprement des choix de société qui ont assassiné beaucoup de petits Mozart qui dormaient au cœur de chacun .
Jusque maintenant nous vivions comme protégés et tout à coup cela nous arrive à la figure.
La précarité, la drogue, …. arrivent à nos portes . Que ferons nous face à ces fléaux qui nous touchent désormais au plus près ?
Et nous devons répondre ici et maintenant, car demain le problème ne sera pas résolu, et dans d’autres lieux émergeront tôt ou tard le même type de problèmes face à une paupérisation et à une détresse croissante des populations dans leur ensemble. C’est le même questionnement face à l’immigration massive actuelle de certaines populations vers nos pays.
En fin de compte, la crise que nous traversons actuellement localement, nationalement et même à l’échelle de la planète est comme toute crise, un lieu de discernement.
Il me semble que nous sommes invités, non à nous affronter face à ces problèmes majeurs, mais à chercher ensemble des voies d’humanisation. La priorité absolue doit être donnée, non à des pétitions ou à des contre pétitions, des expulsions, des exclusions …. mais à la qualité des relations humaines et à l’inclusion de chacun, dans son unicité, dans une communauté de travail et/ou de vie.
L’autre dans sa différence dans sa marginalité suscite des craintes légitimes mais c’est aussi un Homme, un frère que je ne peux pas continuer à mettre au ban de la société parce qu’il me dérange .
L’avenir appartient à tous et appelle tous les hommes de bonne volonté à prendre leurs responsabilités pour construire le monde de demain dans un souci chaque jour renouvelé de solidarité. Ce ne sont pas uniquement des mots, mais des actes concrets que nous sommes appelés à poser au sein des entreprises, des commerces , dans nos engagements politiques, dans nos syndicats, nos associations, notre quotidien. En ces temps de crises financière, économique, sociale, environnementale, nous sommes contraints d’inventer des solutions nouvelles pour être du côté de la Vie avec tous.
Il est vrai que devant l’ampleur de la tâche, nous pourrions être tentés de baisser les bras, de douter, de reléguer loin de nous ces Autres avec lesquels nous ne semblons avoir aucun point en commun et dont nous ne souhaitons pas que les problèmes nous concernent de si près. On voudrait même se mettre sous un drap, ne pas avoir à s’occuper de tout cela . Mais les temps historiques, de plus en plus, nous poussent à cesser une forme d’indifférence confortable, pour nous engager ! Dans ces moments de grandes difficultés, l’Histoire nous invite à devenir des Hommes et Femmes de courage capable de nous dégager de nos peurs et de nos certitudes, de convertir nos ambitions personnelles en aventures collectives . C’est le préalable indispensable pour qu’émerge la possibilité d’inventer ensemble des projets porteurs d’espoir pour les générations futures, riches ou pauvres, d’ici ou d’ailleurs.