Lorsque mon amie Martine m’a parlé de Georges Sand il y a quelques années, son emphase pour son personnage était telle qu’elle m’a donnée envie d’en savoir plus sur cette énigmatique Aurore Dupin, devenue Georges Sand.
Depuis j’ai beaucoup lu sur Georges Sand, de Georges Sand et il y a aurait tant à faire partager sur la pensée et l’œuvre de cette philosophe humaniste.
Mais pour commencer il m’a semblé intéressant de montrer en quoi la pensée de Georges Sand peut nous éclairer sur des questions d’actualité; qu’aurait-elle répondu à des questions qui nous préoccupent aujourd’hui ; en 2011, si Georges Sand revenait, quelle femme serait-elle, que nous apporterait-elle ?
J’ai pris la liberté d’ « interviewer » Georges Sand au fil de ses œuvres pour en extraire, je l’espère de façon la plus juste, sa réflexion face à nos questionnements sur 3 axes majeurs: la spiritualité, le politique et les arts .
Ces propos ont été recueillis lors de mes lectures et sont issus des ouvrages écrits par Georges Sand et de la magnifique biographie écrite par Francine Mallet ( I) sur l’écrivain.
De la spiritualité
Chère Madame Sand, Malraux disait, le 21eme siècle sera spirituel ou ne sera pas .
En France en même temps qu’on assiste à un durcissement de la part de certains courant radicaux face aux minorités spirituelles et à toute expression de spiritualité, on voit émerger les intégrismes religieux de plusieurs monothéismes. Quel éclairage pouvez vous nous apporter sur ce sujet ?
Georges Sand: concernant les querelles de clocher, si j‘ose dire, « notre philosophie, à nous autres qui nous piquons d‘être progressistes – démocrates dirait on aujourd’hui- devrait bien faire le progrès d‘une certaine tolérance; dans l’art, dans la politique, et en général, dans tout ce qui n‘est pas science exacte, on veut qu‘il n‘y ait qu‘une vérité et c‘est là une vérité en effet, mais dès qu‘on se l‘est formulée à soi-même, on s‘imagine avoir trouvé la vraie formule, on se persuade qu‘il n‘y en a qu‘une, et on prend dès lors cette formule pour la chose. Là commencent l‘erreur, la lutte, l‘injustice et la chaos des discussions vaines » (1)
Pour ma part, « je crois fermement à l’éternité de tous les êtres et à la conscience de cette éternité pour l’être humain »(2); je crois aussi « que nous vivons éternellement, que le soin que nous prenons d’élever notre âme vers le vrai et le bien nous fera acquérir des forces toujours plus pures et plus intenses pour le développement de nos existences futures. » (3)
Est-ce que vous vous définiriez comme mystique, habitée par le sentiment d‘une dimension tout à fait spirituelle en l‘homme?
GS : oui mystique, je crois à ce mystère : « ce n’est point avec la logique que l’on peut trouver Dieu. On croit en lui parce qu’un céleste instinct le révèle » (4)
Je suis également sincèrement hantée par l’évangile et les questions religieuses mais je suis anticléricale; il m’a été donné à de nombreuses reprises de soutenir des prêtres qui sont exemples de ce qu’ils prêchent; en revanche je ne peux me taire face à la bigoterie et à la bêtise. Il appartient à chacun de retrouver les sources de la religion chrétienne défigurée peu à peu par le dogmatismes de certains gens d’Eglise. Il faut encourager chacun à une authentique recherche sur les enseignements des textes fondamentaux des 3 monothéismes: les croyants pour sortir de l’aveuglement, de la terrible inertie de l’habitude qui fait perdre le sens, les athés par souci sincère de la vérité.
On parle beaucoup de l’église catholique en France; régulièrement elle fait l’objet d’interrogations sur sa capacité à percevoir les enjeux fondamentaux de l’Homme à notre époque.
GS : Pour répondre plus largement, je pense que le christianisme va évoluer, qu’il doit évoluer ; à mon sens, il aborde aujourd’hui une nouvelle étape « comme la Trinité divine a trois faces, la conception que l’esprit humain a eue de la Trinité dans le christianisme devrait avoir trois faces successives.. » « nous repasserons éternellement peut-être par ces trois phases de manifestation de l’activité, de l’amour et de la science, qui sont les trois principes divins que reçoit chaque homme venant dans le monde, à titre de fils de Dieu. Et plus nous arriverons à nous manifester simultanément sous ces trois faces de notre humanité, plus nous approcherons de la perfection divine. » Cette transformation sera « l’œuvre d’une nouvelle société, d’une nouvelle humanité, d’une nouvelle religion qui n’adjurera pas l’esprit du christianisme, mais elle en dépouillera les formes »(5) . Ainsi, au cours des temps, chaque religion apporte une pierre de stabilité, ce roc, sur lequel l’homme peut s’appuyer pour se construire, se polir peu à peu; mais aucun dogme, aucune religion ne peut prétendre être l’aboutissement .
Pouvons nous, chère madame Sand , vous demander conseil sur la manière de promouvoir en tous lieux cet esprit d’ouverture ?
GS: Portez toujours, sur votre cœur, une rose « … Rose charmante qui, la première as su désarmer la fureur par la beauté, sois le signe de la future réconciliation des forces aujourd’hui ennemies de la nature. Tu seras aussi l’enseignement des races futures, car ces races civilisées voudront faire servir toutes choses à leurs besoins. Apprends-leur, aimable rose, que la plus grande et la plus légitime puissance est celle qui charme et réconcilie. Je te donne ici un titre que les siècles futurs n’oseront pas t’ôter. Je te proclame reine des fleurs ; les royautés que j’institue sont divines et n’ont qu’un moyen d’action, le charme » (6).
(I) Francine Mallet , Georges Sand, ed. Grasset, 1995
(1) Pléiade, t.II Histoire de ma vie V° partie ch V, p 251
(2) G Sand Correspondance, t..IV, lettre au docteur Paul Gaubert 3 juin 1839 p662
(3) G Sand, Journal d’un voyageur pendant la guerre 22 Sep 1870, ed Michel Lévy Paris 1871 p16
(4)
(5) Spiridon , Ed Bonnaire Paris 1852 p 434
(6) G Sand, Les contes d’une grand-mère, ed. Glénat 1995, Ce que disent les fleurs