Récemment, l’hebdomadaire Marianne, sous la plume d’Olivier Maison* pointait du doigt les nouveaux styles musicaux tels ceux de Renand Luce et de Rose qui incarnent toute « une génération qui préfère à un monde rêvé, les rêveries sur son monde perdu ».
Mais cette émergence éphémère d’une contestation mise en lumière par les médias procure un peu de sensationnel dans une vie atone où règne un sentiment d’impuissance.
Car les médias jouent un rôle important comme relais d’information sur ces actions : dans cette étude, beaucoup de militants affirment en effet, parvenir à manipuler les médias puisqu’ils réussissent le coup de force, alors qu’ils ne sont qu’une poignée, à défrayer la chronique en convoquant un nombre de journalistes souvent supérieur au leur.
Mais qui manipule qui ?
Ceux qui laissent faire sciemment savent qu’un écho dans la presse donne toujours la sensation de liberté et d’être entendu . Combien de fois n’entend on pas encore aujourd’hui : « oui mais nous, quand même on est libre, on peut dire ce qu’on veut . On ne va pas en prison si on est pas d’accord. » C’est la consolation des tièdes .
En attendant, le risque est réel de se gargariser d’actions qui confortent l’égo dans ces batailles sans lendemain où tout le monde trouve son compte mais rien ne change. L’étude montre en effet que malgré tous ces relais presse la plupart des causes défendues sont peu suivies d’effet . Tout au plus, obtient t-on le droit de participer à des négociations parlementaires mais pour des résultats dont on sait très bien la faible portée. Pour un incendie éteint, 10 ce sont allumés entre temps.
Le dernier numéro du magazine l’Âge de faire*** pose une question éclairante à ce sujet.
« Pourquoi on ne change pas ? »
Un des point essentiels abordés est la propension à mener des batailles intellectuelles sans faire appel aux sentiments : on lutte contre mais rarement on mouille la chemise pour construire quelque chose de différent tel qu’on l’aimerait. La notion de sacrifice a disparu engloutie dans un marasme de peurs et de préjugés sur un mot pourtant qui probablement aiderait à concevoir différemment la militance: donner de sa personne pour produire du sens est ce à quoi invite la notion de sacrifice loin des images dévotes ou mortuaires qu’on a bien voulu lui accoler. Le militantisme est indissociable du sacrifice: se mettre au service d’une cause supérieure et militer , c’est servir sur les lieux des plus grands périls, ce qui a donné, plus tard, son sens au terme militaire. Mais il n’est pas besoin de prendre les armes pour militer . En revanche être militant de la paix, de la dignité exige le même engagement, la même capacité à travailler en équipe, à s’engager sur le long terme. . Comme l’enseignait le Mahatma Gandhi, avant de militer, il faut réapprendre le gout des petites sacrifices dans nos propres vies pour être nous même les exemples des changements que nous voudrions voir dans le monde.
En ce sens là, la militance des communistes et des syndicalistes de la première heure avait encore un poids.
Il suffit de relire des écrits comme ceux sur Madeleine Delbrel, laïque catholique engagée auprès des communistes dans l’après guerre pour percevoir qu’existait une solidarité, un gout sincère des autres et un esprit de sacrifice pour s’entraider. Aujourd’hui, même les syndicats désabusés font appel à ces groupes pour donner un semblant de poids à des causes pour lesquels ils ne sont même plus prêt à se battre eux même. La conviction qu’on peut changer soi-même sa propre vie, édifier d’autres formes, a disparu peu à peu, laissant la place à de tristes résignations.
Or, la véritable militance consiste à se mettre en action pour vivre intérieurement et extérieurement les idéaux de justice qui nous animent.
Il ne suffit pas de rêver sur ce qui a été perdu car nous le retrouverons pas; il s’agit de combattre non pas contre les autres, contre les hommes mais pour la connaissance, le courage, en posant nous-mêmes les pierres des édifices qu’on souhaite voir élever pour les générations futures; ces nouvelles formes de militantisme doivent nous alerter sur la perte de la dimension héroïque du rêve, ce petit supplément d’âme qui ouvre l’espace intérieur . Comme le soulignait la philosophe Hannah Arendt, les totalitarismes font leur lit dans les populations qui se sont coupées de leur propre intériorité, qui ne rêvent plus et qui vivent le rêve par procuration. Il est donc urgent de percevoir qu’il est possible de réenchanter le monde par nos propres moyens, en allant au-delà d‘un militantisme très médiatisé .
* Marianne, ed. du 31/10/2009, les enfants sages de la chanson française ** Un nouvel art de militer paru aux éditions Alternatives – Octobre 2009 *** Age de faire n° 36 de Novembre 2009 “pourquoi on ne change pas”