Selon un sondage Harris Interactive réalisé du 17 au 19 Janvier, 48% des français ne se reconnaissent dans aucun homme politique.
Ainsi est l’écho lancinant des nouvelles qui entretiennent la morosité, la peur. Alimenté de façon très rationnelle par des statistiques, des chiffres, des preuves à l’appui, une organisation très méthodique, cet echo conduit chacun d’entre nous à penser rationnellement que rien ne va plus, tout est fichu. Ajoutez un petit soupçon d’inquiétude sur la fin du monde en Décembre 2012, et l’enfumage est total !
“Ca occupe les conversations et nourrit la controverse” * mais détourne finalement de l’essentiel .
Au fond ce dont nous avons besoin tous, ce ne sont pas de moyens en plus ou en moins, de restrictions en plus ou en moins, de promesses, d’un homme politique extraordinaire. Ce qui nous fait le plus défaut c’est d’avoir le sentiment que chacun d’entre nous peut être restauré dans sa dignité, dans sa capacité à rêver, à réaliser le difficile dans l’adversité.
C’est le sens du témoignage, de Philippe, chef d’entreprise à Marseille, interviewé cette semaine dans l’Humanité Dimanche **. Aux candidats, dit-il , je ne leur demanderai pas de baisser les charges . « Moi ce que je demanderai aux candidats, c’est de redonner l’envie. On doit redonner l’envie que le monde est à reconstruire. Il faut redonner espoir aux jeunes.»
Car à trop s’indigner de l’amoralité du politique (cf l‘affaire Strauss Kahn) , des injustices (cf les affaires de malversations de tous bords) , à trop montrer du doigt en permanence, à critiquer systématiquement , on se perd soi même, on s’essouffle en vaines résistances face à un adversaire qui semble tentaculaire et on perd l’envie, on devient même colère !
Mais le problème de la peur-colère comme l’explique la moniale bouddhiste Pema Chödrön ***, lorsqu’on l’étale trop et qu’elle nous habite, c’est qu’elle ne peut plus nous permettre de trouver le chemin vers soi pour trouver une ébauche de solution.
Or la meilleure façon d’influencer le collectif reste bien de commencer tout d’abord sérieusement par réformer sa vie personnelle. Il faut pour cela assumer une forme de tristesse, celle de perdre un peu de notre superbe et de nos certitudes . Cela demande aussi de faire taire les égos qui pensent souvent que la responsabilité est du côté des autres : du système, des hommes politiques ….La tristesse demande de l’humilité . Mais elle fait aussi baisser les armes et s’ouvrir les cœurs, elle nous dispose vers l’autre, à agir avec l’autre .
Elle permet d’accepter que l’aide ne peut pas toujours venir d’un homme , d’une subvention, d’une loi. Le deuil accepté de ce qui existait et qui ne sera plus possible, dispose à trouver des solutions pour transformer le sentiment d’indignation et de légitime violence en puissance d’action.
Acceptons les peurs, utilisons les pour nous frayer un chemin au cœur de nous-même, celui qui pourrait nous conduire dans cette année 2012 vers une forme de tristesse heureuse, dont les larmes pourraient féconder la terre et faire émerger des nouvelles formes économiques et politiques. L’humble tristesse accepte l’humble travail : elle ne recherche pas les hauts faits ; elle se satisfait des petits pas de chaque jour qui construisent sur un socle durable les plus belles choses. Cela est à la portée de tous, indépendamment de tout calendrier électoral.
Alors, souhaitons nous à tous une valeureuse année 2012 !
*extrait de la chanson d’Yves Dutheil, “la rumeur” / ** l’Humanité Dimanche du 26 Janvier au 1er Février 2012 , p.24 /***Pema Chödrön: les bastions de la peur , pratique du courage dans les moments difficiles – éditions La Table ronde